Category Archives: Rapports

Les libertés de la presse, d’expression et d’opinion mises à rude épreuve à Kisangani

Les libertés de la presse, d’expression et d’opinion mises à rude épreuve à Kisangani : le journaliste Faustin Edjabo de CCTV- RALIK suspendu et le défenseur des droits humains du Groupe LOTUS, Dismas Kitenge Senga, sous menaces et pressions politiques.

Le Groupe LOTUS, organisation congolaise de défense des droits humains ayant son siège social à Kisangani en RDC, dénonce la suspension du journaliste, Faustin EDJABO du Canal Congo Télévision – Radio Liberté-Kisangani et les menaces, de plus en plus grandissantes sur la personne de Monsieur Dismas Kitenge Senga, un des responsables du Groupe LOTUS et sur son association suite aux interviews qu’il a accordées aux émissions “Polele polele“ de CCTV-RALIK et “Entretien“ du Canal Orient, émettant toutes deux à Kisangani dans la Province Orientale.
En effet, en date du 11 juin 2013, dans le cadre de son émission intitulée en lingala “Polele Polele“ (parlons en toute vérité, traduction en français), animée en lingala, une des langues nationales de la RDC et diffusée tous les mardis, de 20 à 21h et rediffusée tous les mercredis à 23heures sur la chaine de Canal Congo Télévision-Radio Liberté de Kisangani, une chaîne privée appartenant à Monsieur Jean-Pierre Bemba du parti politique MLC (Mouvement de Libération du Congo), le journaliste Faustin Edjabo a recueilli les opinions de la population de Kisangani dans les différentes rues sur les 100 jours du fonctionnement du gouvernement provincial, dirigé par le Gouverneur de province, Monsieur Bamanisa Saidi Jean, élu par l’Assemblée provinciale le 31 octobre 2012. Après avoir interviewé une dizaine de gens, le journaliste s’est déplacé jusqu’au bureau du Groupe LOTUS pour recueillir l’opinion du défenseur des droits humains du Groupe LOTUS, Dismas Kitenge Senga, sur ce sujet. Près d’une vingtaine de minutes, ce dernier a dressé son bilan de gouvernement provincial en le qualifiant de mitigé avec des points positifs et négatifs qu’il a détaillés et motivés. Le même jour, de 20h à 21h, le journaliste Faustin Edjabo a animé l’émission en diffusant les interviews enregistrées et en présentant les réactions recueillies par messages téléphoniques en direct à la télévision. Près de 60% des téléspectateurs ont jugé l’opinion de Dismas Kitenge pertinente et réelle, 30% exagérée et 10% se sont posés des questions.
Juste après cette émission et les jours qui l’ont suivie, Faustin Edjabo déclare avoir reçu en personne à la Chaîne CCTV-RALIK-Kisangani quelques membres du cabinet du gouverneur de province et plus tard leurs coups de fil et des messages téléphoniques dénigrant Dismas Kitenge et qualifiant ce journaliste de corrompu et lui proférant toutes sortes de menaces allant de sa suspension à l’ anéantissement de sa vie.

Le 13 juin 2013, après avoir été informé au préalable par les proches du Gouverneur qui l’avaient menacé et qui lui ont déclaré avoir atteint le directeur général de CCTV à Kinshasa, le journaliste Faustin Edjabo a été signifié de sa suspension indéterminée à CCTV-RALIK par la lettre
n°037/CCTV/RALIK/DP/013, signée par le Directeur de la station de Kisangani. Par cette décision, l’émission “Polele Polele“ n’est plus diffusée sur cette chaîne à Kisangani jusqu’à ce jour. Ainsi, Faustin Edjabo subit des menaces, des pressions politiques et une stigmatisation régulière tendant à l’obliger à demander pardon au Gouverneur de Province orientale pour espérer exercer sa profession ou d’opter de demeurer dans l’anonymat pour préserver son indépendance professionnelle et sa dignité personnelle.

Quant à Dismas Kitenge et le Groupe LOTUS, des attaques et des menaces des hommes politiques, proches et membres du cabinet du Gouverneur de province ont été lancés sur les réseaux sociaux d’internet et à travers divers moyens, appelant à leur discrédit et dénigrement. Le 12 juin 2013, les responsables de l’ANR/Province orientale ont invité Dismas Kitenge à leur remettre la bande vidéo de cette émission et à échanger avec eux sur les mobiles de cette émission et les buts visés par lui. Après sa remise, l’intégralité de cette bande a été visionnée devant eux et dans leur bureau après leur avoir expliqué les circonstances de la participation de Dismas Kitenge à cette émission,
son impartialité et son indépendance vis-à-vis de tout pouvoir.

Le 18 juin 2013, Canal Orient, une chaîne de télévision privée émettant à Kisangani, a invité Dismas Kitenge à participer à son émission
d’analyse des faits sociaux intitulée “l’Entretien“ sur le sujet relatif aux réalisations du gouvernement provincial, ses défis et les perspectives, diffusée régulièrement tous les mardis, de 21h à 22heures. Au cours de cette émission, Dismas Kitenge du Groupe LOTUS a distingué les réalisations du gouvernement central de celles du gouvernement provincial, il a dégagé les principaux défis sur
les plans politique, social, économique, sécuritaire et il a appelé à la cohésion provinciale pour un développement réel et durable de la province orientale. Mais cette émission n’a été diffusée que le 19 juin 2013 à une heure 50’ du matin et rediffusée dans la matinée du même jour trois fois, respectivement à 7heures40’, 10h40’ et 14h.
Cette analyse a, de nouveau, suscité une réaction négative dans les milieux politiques proches du Gouverneur de province tendant à assimiler ledéfenseur des droits humains, Dismas Kitenge, à son opposant politique et accentuer des attaques et une campagne de dénigrement ciblé.

Télécharger

Les libertés de la presse, d’expression et d’opinion mises à rude épreuve à Kisangani : le journaliste Faustin Edjabo de CCTV- RALIK suspendu et le défenseur des droits humains du Groupe LOTUS, Dismas Kitenge Senga, sous menaces et pressions politiques.

Groupe LOTUS : Rapport annuel 2012 sur la situation des droits de l’homme en Province Orientale

Le Groupe LOTUS a eu à suivre ces événements à travers ses antennes se trouvant dans
certains districts de la province orientale dans leur devoir de monitoring durant toute l’année 2012. Les données récoltées à travers les actualités présentées par la Radio Okapi et certain témoignages ont également facilité la rédaction de ce rapport.
Ainsi, au terme de ce rapport annuel qui retrace ce qu’a été la situation des droits de l’homme dans son ensemble et sa répercutions sur la population de la province orientale où la protection des droits humains se retrouve négligée, voire même oubliée de part et d’autres.
Cependant, l’incapacité du Gouvernement congolais de faire taire les groupes armés se trouvant sur son territoire et d’assurer convenablement la sécurité des personnes et de leur bien demeure l’inquiétude généralisée pour la population. La protection et l’encadrement des
communautés contre toute attaque et pillage se trouvent aussi parmi les devoirs sacrés de l’Etat conformément à la déclaration universelle des droits de l’homme et à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.
Les irrégularités constatées ont été légions à savoir : le dysfonctionnement de la justice et des ses services, les arrestations arbitraires et tracasseries, l’insuffisance de la protection de la population par les services attitrés de l’Etat, les exactions continuelles (viol, assassinat, torture et pillage) commises par les groupes armées et les éléments de l’armée régulière sur le territoire congolais.
Toutes ces péripéties constatées nécessitent une attention soutenue du Gouvernement congolais afin de mettre les forces négatives hors d’état de nuire sur toute l’étendue du territoire national et de restaurer l’autorité de l’Etat. Cliquez sur Rapport sur la situation des Droits humains dans la Province Orientale en 2012 pour l’avoir en intégralité.

Les premières retombées de la chute de la ville de Goma à Kisangani : la marche des Etudiants et ses conséquences

Après incendie
Suite aux informations de la chute, de plus en plus imminente, de la ville de Goma aux mains des rebelles du M23, la Coordination des Etudiants de l’Université de Kisangani, après avoir informé les autorités locales, a organisé une marche de protestation ce mardi 20 novembre 2012 dans les principales artères de la ville de Kisangani.
 
 
Vers 8 heures du matin, la marche est partie du bâtiment administratif de l’Université de Kisangani où un rassemblement d’environ quatre mille étudiants des établissements d’enseignement supérieur et universitaire de la ville était observé. D’après les étudiants, la marche visait à exprimer aux autorités nationales et à la communauté internationale leur protestation sur la prise de Goma par les rebelles du M23, l’abandon des Forces armées de la République démocratique du Congo et la passivité des forces de la Monusco à s’acquitter convenablement de leur mission.
Les manifestants, majoritairement constitués des étudiants à environs 80%, auxquels se sont joints quelques élèves des écoles secondaires, de gré ou sous pression morale, et des chauffeurs des taxi-moto, ont emprunté l’avenue Munyororo de l’Université de Kisangani jusqu’à l’avenue de l’église où le groupe s’est scindé en plusieurs sous- groupes : les uns se sont dirigés vers le cabinet du gouverneur de province, les autres vers la mairie de la ville de Kisangani, d’autres encore vers les bâtiments de la Monusco/Onatra et le quartier général de la Monusco près de l’ancienne résidence du Président Mobutu.
Durant le déroulement de cette marche, les manifestants ont été encadrés par deux jeeps de la police, armées de fusils et des grenades lacrymogènes. Bien que les manifestants aient scandé des chansons très hostiles au président de la République et utilisé certaines effigies du régime Mobutu, la police a observé une attitude neutre et pacifique.
La marche a dégénéré au niveau du cabinet du gouverneur de province, du bâtiment de la Monusco/Onatra, du quartier général de la Monusco et du siège du parti présidentiel (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) quand les manifestants ont projeté des pierres et ont incendié le siège de ce parti. La police a ainsi tiré en l’air pour disperser les manifestants mais aussi tiré en balles réelles touchant quelques étudiants qui ont été évacués vers les cliniques universitaires.
PPRD-Kisangani
siège du parti présidentiel (PPRD) incendié
Il s’est observé la colère des manifestants devant les symboles du pouvoir en place et les bâtiments de la MONUSCO car d’après eux, ces deux institutions ont failli à leur mission pour sécuriser la ville de Goma et protéger la population civile.

 

bâtiment de la Monusco/Onatra

bâtiment de la Monusco/Onatra attaqué

Devant l’escalade de violence des manifestants à s’attaquer aux symboles du pouvoir, au bureau de la comssion électorale nationale indépendante et aux résidences de certains dignitaires du régime en place, la garde républicaine a rejoint la police en tirant en balles réelles et occasionnant un mort parmi les civils manifestants.
 
bureau local de la commission électorale nationale indépendante (CENI) en train d’être saccagé et incendié

bureau local de la commission électorale nationale indépendante (CENI) en train d’être saccagé et incendié

Ainsi, le bilan provisoire dressé par le groupe LOTUS vers 16heures du même jour, fait ressortir les dégâts humains et matériels suivant :

  • Deux morts parmi les civils dont un atteint par balle au niveau de la poitrine devant la résidence de l’ancien Gouverneur et l’autre étant prisonnier est mort en essayant de s’évader lorsque les manifestants ont tenté de casser la porte de la prison centrale ;
  • Six blessés parmi les étudiants évacués aux cliniques universitaires dont M. Ndomba Mangaza, M. Ndibu Ntambwe et Mlle Falonne ;
  • Le siège du parti PPRD, situé sur l’avenue Tanganyika en plein centre ville incendié complètement ;
  • Le véhicule anti-incendie qui a été dépêché par le maire de la ville ;
  • Le siège du parti politique MSR et le bureau de la représentation provinciale de la majorité présidentielle (MP) saccagés ;
  • Le quatre véhicules de la Monusco complètement incendiés au port de l’Onatra (Movcon) ;
  • Le bureau exécutif de la commission électorale nationale indépendante (CENI)/Kisangani partiellement incendié et totalement saccagé ;
  • La résidence de l’ancien gouverneur de province, Médard AUTSAI partiellement incendié ;
  • Les matériels de l’église Jésus Seul Sauveur (JSS) du pasteur RUNIGA Jean-Marie devenu chef rebelle du M23, cassés et d’autres matériels emportés ;
  • Le tribunal de paix/Kabondo saccagé.

Si cette marche a mobilisé la majorité des étudiants de la ville de Kisangani, elle a été aussi soutenue par divers mouvements des jeunes qui étaient en colère contre le pouvoir en place et la mission des Nations unies en RDC. Ces jeunes ont dressé des barricades dans plusieurs quartiers périphériques de la ville de Kisangani pour empêcher les dignitaires du régime politique et les agents de la Mission des Nations unies de circuler librement ou de quitter la ville.
Les autorités locales, à plusieurs niveaux, ne s’attendaient pas à un revirement de la situation. Si au début, elles pouvaient imaginer la colère des manifestants contre la Monusco (Mission des Nations unies), la révolte des manifestants contre toute autorité congolaise les poussait à se protéger elles-mêmes et ainsi les amenait à mener des actions pour contenir les manifestants. C’est dans cet esprit qu’on peut situer l’intervention de la garde républicaine devant une passivité de la police, observée au début de la manifestation.
De même, des mesures d’encadrement efficace et d’anticipation de dérapage des manifestants n’ont pas été mises en place par des autorités locales.
Si des mesures correctives et préventives de réduction de violence populaire ne sont pas mises en place à tous les niveaux, il y a risque de craindre un vide de l’autorité de l’Etat et une xénophobie qui seront difficiles à gérer à court et à long terme.
Au regard de cette montée de colère et de violence populaire à Kisangani, le Groupe LOTUS appelle les autorités congolaises et la population à :

  • Privilégier les voies non violentes et pacifiques pour exprimer leurs opinions et faire entendre leurs voix tant aux niveaux national et international ;
  • Protéger et sécuriser toute personne étrangère vivant en RDC ;
  • Respecter les droits humains en toute circonstance;
  • Encadrer pacifiquement toute manifestation publique ;
  • Traduire devant la justice toute personne responsable d’une infraction et toute autorité ou tout agent de l’ordre public responsable des violations des droits humains.

Telecharger l’intégralité du rapport en cliquant sur le lien ci dessous

 Cliquez   ici  !

 

la marche des étudiants au niveau du marché central

la marche des étudiants au niveau du marché central